Le tour du monde du paravent
Fabriqué au Japon, acheté en Chine, modifié en Europe: biographie d’une cloison de séparation qui a voyagé loin et ce qu’elle nous apprend de la Suisse aux XVIIIe et XIXe siècles.

Cette partie de paravent (XVIIIe et XIXe) a été restaurée par le Musée historique de Lausanne sous la direction du conservateur Claude-Alain Künzi. | Photo: Musée historique de Lausanne
De riches commerçants plongés dans leur lecture, de nobles courtisanes rédigeant un poème: cette scène japonaise immortalisée sur le panneau bleu et doré du haut évoque en filigrane une culture qui fait la part belle à la sensualité et à l’esprit. Et effectivement, la bourgeoisie européenne des XVIIIe et XIXe siècles se passionnait pour le Japon et la Chine, ces destinations exotiques dont de vastes territoires échappaient non seulement à l’impérialisme du Vieux-Continent, mais aussi aux visiteurs venus d’Occident. L’artisanat d’Extrême-Orient éveillait également des intérêts financiers: les commerçants flairaient les bonnes affaires que promettaient les techniques, les styles et les motifs d’artistes inconnus. Les imitations sont devenues monnaie courante, sans parvenir toutefois à se hisser à la hauteur des originaux d’Asie du Sud-Est. Le panneau noir du bas est un exemple d’une telle imitation.
En passant votre souris (ou doigt) sur les chiffres du croquis en noir et blanc ci-dessous vous ouvrez une fenêtre pop-up dans laquelle vous trouverez de nombreuses informations complémentaires sur les différentes parties du panneau.
L’état du paravent hybride, qui montre à quel point l’Europe des Lumières avait déjà tissé des liens dans le monde entier, a souffert à travers les siècles. Les chercheuses espèrent qu’après l’exposition à Lausanne, qui se prolongera jusqu’à fin février 2021, les autres panneaux pourront aussi être restaurés. Outre les scènes raffinées du Japon et d’Europe, cette pièce qui a beaucoup voyagé contient d’autres histoires cachées des XVIIIe et XIXe siècles: les panneaux ont été remplis de bouts de papier provenant de lettres ou de documents. «A l’époque, le papier était un bien précieux, explique Chonja Lee. Il n’était pas simplement jeté.»
Des objets d’exposition en Suisse avant 1815 déjà
L’exposition lausannoise ne présente que des objets venus d’ailleurs qui se trouvaient déjà en Suisse avant le Congrès de Vienne en 1815. Pour les débusquer, les chercheuses de l’Université de Berne Noémie Etienne, Claire Brizon et Chonja Lee ont fouillé minutieusement les dépôts de tous les musées du pays. Comme Charles Constant de Rebecque est revenu de Chine en 1793 et que personne de sa famille ne s’est rendu dans ce pays, et que, de plus, il mentionne le paravent dans une lettre à sa sœur, il remplit ce critère. «De tels exemples nous révèlent la biographie des objets: ils voyagent, sont modifiés et transforment simultanément la culture matérielle de la Suisse», explique Claire Brizon.







